Inventeur, ingénieur, concepteur, designer, créateur ?

Vous ne vous étiez sûrement jamais demandé, à propos de ces 5 désignations, ce qui pouvait les distinguer avec netteté, sans doute parce qu’elles sont aujourd’hui usitées dans des contextes et selon des modes bien caractérisés, qui ne laissent aucune ambiguïté sur leur signification.

Ceci étant, lorsque vous cherchez à expliciter le sens de votre méthodologie et de votre travail dans les domaines où ces spécialités sont à l’oeuvre, et pour rendre compte de ce que vous faites vraiment, il peut arriver que vous soyez obligé de référer à ces métiers dans vos éléments de langage, ce qui vous pousse à la réflexion suivante : comment expliquer ce que je fais sérieusement en nommant ce que je suis de façon solide.

En quelque sorte, il s’agit là de plusieurs termes qui servent à désigner une seule et même idée, mais vue sous plusieurs angles différents. Chacun de ces mots, en un sens, permet d’identifier une nuance ou une variation, un type d’école ou une manière, relativement à une activité qui consiste à produire du nouveau avec un résultat tangible à la fin.

Aussi, voyons cette liste.

L’inventeur désigne celui qui est à l’origine d’une invention, c’est-à-dire, une nouveauté technique, dont il a la paternité. En tant que tel, il peut aspirer à devenir l’auteur d’un brevet, un droit de veto sur la copie de son invention. En français, on utilise également le terme inventeur pour l’auteur d’une découverte (suite à une recherche), ce qui suggère, d’une certaine façon, le caractère inattendu de l’invention, une sérendipité sous-jacente, plutôt qu’une démarche objectivée, créative et libre (du moins sous certaines cultures).

L’ingénieur devient alors un inventeur professionnalisé, dont les connaissances techniques et le niveau académique permet de répondre à des commandes en solutionnant rationnellement des problématiques techniques, et à s’organiser en équipe autour de projets d’envergure, essentiellement pour l’industrie.

Le concepteur, conformément à l’étymologie, traduit dans des productions tangibles des résultats et des solutions issues d’une démarche conceptuelle, donc basée sur des concepts, c’est-à-dire des idées générales et prolifiques explicitables. Il doit transformer une vision large et complexe en (au moins) une réalisation précise – et simple – de celle-ci.

Le designer envisage les productions matérielles en des termes relationnels et d’interface, explorant et questionnant les objets (compris au sens générique) qu’il conçoit au-delà de leur seule fonctionnalité, des codes et des usages établis.

Le créateur, quant à lui, est un artiste professionnalisé qui fait valoir, à travers ses productions (ses créations), sa vision unique, son identité propre, dans son domaine de création.

Ainsi, décrivant de façon imagée les différents facettes d’une même fonction, nous pourrions dire que :

L’inventeur est le plus sauvage : perçu, de manière archétypale, comme doté du génie inventif, l’imprévisibilité de sa production aux yeux de ses contemporains lui vaut parfois la désignation peu élogieuse de “fou”.

L’ingénieur, le plus rationnel : inventeur “dompté” ou assagi, adapté aux organisations industrielles, aguerri aux problèmes d’optimisation et de maîtrise des coûts, il est vu comme élément essentiel de la réussite économiques d’un pays.

Le concepteur, le plus cérébral : intellectuel de la fabrication, il construit ses objets sous forme d’entités abstraites, auxquelles il associe un discours intérieur, avant de les transmettre dans leur matérialité.

Le designer, le plus spirituel : penseur esthète de l’objet à travers les multiples relations que celui-ci doit entretenir, il inscrit la matérialité dans un environnement et en étend l’éventail des possibles. Vu, à tort ou à raison, comme artiste de l’objet, l’esthétique est davantage l’expression du dialogue immatériel de sa production avec l’utilisateur.

Le créateur, le plus unique : figure iconique associée à ses productions, il incarne une image “démiurgique” de la production matérielle, à laquelle s’associe la gratuité de sa vision, voire l’imposition publique de son identité.

En somme, même si ingénieur et designer sont aujourd’hui des métiers reconnus, avec des formations et des diplômes bien identifiés, il ne fait aucun doute que, si votre activité professionnelle consiste à produire des solutions matérielles adaptées à des contextes particuliers (architecte, chercheur, chef de projet, auteur, fondateur de start-up, etc.), vous vous reconnaissiez tout ou partie dans chacune de ses définitions.

A voir dans la/lesquelle(s) de ces catégories, et avec quel degré, vous vous y reconnaissez… et à manier vos éléments de langage avec circonspection.